Zhang Yongjiu est né en 1954. Cette année, il a 72 ans.
Pourtant, c’est précisément à un âge communément considéré comme un moment pour ralentir et conclure son parcours de vie qu’il a véritablement commencé à apprendre la peinture à l’huile.
Ce fait est déjà en soi inhabituel.
Commencer à peindre à 65 ans est une attitude en soi
Pour la plupart des gens, « apprendre à peindre » est associé à l’enfance, à la jeunesse, ou du moins à une certaine étape au sein d’un système académique.
Zhang Yongjiu, cependant, a pris le chemin inverse.
Il n’est entré formellement dans le monde de la peinture à l’huile qu’après l’âge de 65 ans.
Il n’a pas de formation académique, et n’a pas non plus suivi de « parcours standard » façonné par une formation systématique.
En conséquence, sa pratique picturale a évité dès le début un cadre centré sur la technique d'abord et la méthode avant tout.
Il ne peint pas pour devenir quelqu’un qui « peint avec précision ».
C’est plutôt comme si, tard dans sa vie, il avait enfin trouvé une nouvelle façon de regarder le monde.
Peindre comme un enfant ne s’apprend pas
Lorsque les gens découvrent l’œuvre de Zhang Yongjiu pour la première fois, beaucoup partagent instinctivement la même réaction :
Ces tableaux donnent l’impression d’avoir été réalisés par un enfant.
Les couleurs sont directes, les formes simplifiées, et les sujets ordinaires et sans fioritures.
Il n’y a pas de recherche délibérée d’une perspective précise, ni de construction structurelle complexe.
C’est pourtant là le point crucial.
« Peindre comme un enfant » est, en soi, quelque chose qui ne peut être imité.
Lorsqu’un adulte tente délibérément d’imiter le coup de pinceau enfantin, le résultat semble souvent affecté ;
lorsque la technique est volontairement retenue, les traces de la technique deviennent encore plus visibles.
La vraie qualité enfantine n’est pas une question de « peindre simplement »,
mais de conserver une capacité de perception brute et profonde.
Une vision du monde mature et une sensibilité enfantine
Il faut souligner que la peinture de Zhang Yongjiu n’équivaut pas à des dessins d’enfants.
Les sujets qu’il choisit proviennent de l’observation du monde par un adulte mature :
scènes quotidiennes, relations humaines, fragments de mémoire et états émotionnels intérieurs.
Ces questions ne sont pas simples en soi.
La différence réside en ceci :
il n’essaie pas de les « expliquer » par la complexité.
Au lieu de cela, il utilise un mode de peinture presque instinctif et direct pour présenter ce qu’il voit et ressent.
Parce qu’il a déjà traversé la complexité de la vie,
il n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit par la technique.
Après Picasso, le retour à l'enfant
Dans l'histoire de l'art, les dernières œuvres de Picasso sont souvent citées dans les discussions sur une question récurrente :
Un artiste vraiment mature finit-il par revenir, à un âge avancé, à un état où il peint comme un enfant ?
Picasso lui-même a dit un jour :
« Il m'a fallu toute une vie pour apprendre à peindre comme un enfant. »
Zhang Yongjiu ne peut ni n'a besoin d'être comparé à Picasso au niveau de la profondeur technique.
Pourtant, en termes d'attitude créative, il existe une résonance notable entre les deux :
Quand la technique n'est plus le but,
quand l'expression n'a plus besoin d'être justifiée,
la peinture retrouve véritablement un état de liberté.
Peindre sans faire étalage de technique est la chose la plus rare
Dans le monde actuel, très visuel et axé sur le style,
les peintures qui semblent « bien faites » ne sont pas rares,
il n'est pas non plus difficile de trouver des œuvres qui ressemblent à un style particulier.
Ce qui est vraiment rare, c'est une peinture qui :
-
ne se presse pas de montrer sa technique
-
ne suit pas le langage visuel à la mode
-
ne construit pas délibérément une posture artistique
-
mais reste sincère et vivante
Les œuvres de Zhang Yongjiu appartiennent précisément à cette catégorie.
Elles ne sont pas tapageuses, et ne cherchent pas à attirer l'attention.
Elles ressemblent davantage à des œuvres dont la valeur se révèle progressivement à travers une longue fréquentation.